Gibraltar/Rota/Mohammedia : un peu moins de 190 milles, à peu près 38 heures, voire moins si affinités.

Je profite d’un moment de calme pendant mon quart pour débuter cette nouvelle page du blog. L’escale de Rota ayant été très courte, je n’ai pas eu le temps de me consacrer à ontheroadagain2.

Donc commençons par le départ de Gibraltar. Comme prévu départ à 7 heures pour être à la sortie de la baie d’Algésiras vers 8h30. Il faut commencer à rentrer dans le détroit 3 heures après la marée haute pour bénéficier d’un courant porteur et essayer de combiner avec une rentrée de vent d’est. C’est ce que nous avons. Nous passons Tarifa avec près de 25 nœuds au portant, grand largue. Ça déménage pas mal. Sur la route de Trafalgar, un peu plus loin, nous sommes plein vent arrière, grande voile avec un ris et trinquette, voiles en ciseaux sous pilote automatique. Il barre mieux que moi. Génial.

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Donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elle n’est pas belle la vie ? Nous nous apprêtons à entamer l’autre moitié du parcours vers la baie de Cadix quand un grand crack et boum nous fait sursauter. Le jour ayant bien diminué c’est à la lampe frontale que nous cherchons l’origine du bruit et là, stupeur, horreur, stupéfaction, la platine du hale-bas rigide s’est désolidarisée du pied de mât. 10 rivets pop de 6mm ont lâché.

Le hale-bas rigide, pour faire simple, est un ensemble de 2 tubes avec un ressort à l’intérieur, qui a pour fonction d’empêcher la bôme de remonter à la verticale quand le vent fait pression sur la grande voile et de réduire sa surface. Il est fixé en bas du mât par plusieurs rivets pop. J’avais déjà eu ce problème lors de la traversée vers la Martinique. Donc mes rivets n’avaient que 6 ans. A priori l’oxydation avait déjà fait son œuvre. A moins qu’il n’y ait eu une trop grande pression sur la voile entre Tarifa et Trafalgar. Après un laçage horizontal et vertical nous avons pu continuer à utiliser la GV jusqu’à Rota.

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Arrivé peu après 22 h, nous avons pris la première place de libre en entrant dans le port sachant que le lendemain on nous attribuerait une autre. Bien mal nous en a pris, c’était une place pour un 16 mètres et nous avons payé pour un 16 m, alors que le port est à moitié vide. Nous avons demandé à changer de place ceci nous a été accordé pour la nuit suivante, mais comme rien n’est simple cette année, un violent coup de vent s’est levé, certes il était prévu, mais manœuvrer pour changer de place avec 35 nœuds, c’est moyen. Nous sommes donc restés une partie de la journée à cette place en attendant une accalmie prévue en début de soirée.

Au départ nous avions prévu 15h40 de trajet, nous avons mis 15h05. Malgré la casse. C’est bien, non ? Dites quelque chose quoi ! Le principal c’est que nous soyons contents de nous.

Rota, nous connaissions puisque nous y avions fait escale par deux fois auparavant. Nous l’avons trouvé plus triste, avec des magasins fermés. D’ailleurs le shipchandler sur le port n’existant plus, il nous a fallu faire 3 heures de marche pour trouver des rivets pop au bon diamètre et à la bonne taille. Sportif, le papy ! C’est quand vous voulez pour une rando, maintenant que je marche droit.

C’est à 16 h que j’ai enfin pu finir la fixation de la platine de hale-bas juste à temps pour profiter d’une accalmie dans le vent pour déplacer le bateau d’un côté du port à un autre. Le temps de s’amarrer et le vent reprenait de plus belle. Ouf, en plus nous étions face au vent alors que précédemment c’était l’arrière qui faisait face au vent et nous obligeait à tout fermer. Nous pouvions dormir sereinement pour un départ le lendemain matin.

Pourquoi si vite, me direz-vous ? Deux raisons, Rota nous connaissons et comme je l’ai dit précédemment c’est tristounet, les pontons sont vides et il n’y a plus de navigateurs. Ils sont déjà partis aux Canaries, d’autre part les conditions météo qui s’annoncent sont particulièrement mouvementées, et nous risquerions de rester coincé à Rota une semaine. Peu nous chaut.

Donc départ de Rota vers 7h. Un ami, avec qui nous avons partagé la joie d’apporter à des post-adolescents ou des pré-adultes, un public qui consomment la culture par la méthode du zapping, nos maigres connaissances en management ou en gestion, et ce n’est pas une sinécure, par moments c’est presque un sacerdoce, bref, cet ami, m’a dit de me méfier en sortant de Rota car il y a une base américaine. Je le soupçonne d’avoir encore des accointances dans le milieu militaire. En effet, en sortant du port nous avons croisé un bâtiment de l’US Navy, genre aviso, puis plus tard un sous-marin.

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Étions-nous surveillés ? Big Brother is behind us.

Nous feignons bien sur l’indifférence et continuons notre route, jusqu’à rencontrer une énorme bouée orange en plein milieu de la mer. Déjà depuis quelques temps j’entendais des boum, boum, lointains, un peu genre tonnerre, mais le temps était clair. Puis à la vhf un message de sécurité de la part d’un US war ship, sur la zone à éviter pour des raisons de sécurité pour exercices de tir. La bouée était donc là pour signaler la zone à ne pas franchir.

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Nous ne l’avions pas fait, heureusement. Nous aurions pu être pris pour cible, avec les ricains il faut s’attendre à tout. Ils tirent d’abord et discutent ensuite, s’il reste un interlocuteur, bien évidemment. Je plaisante, hein, bien sûr ! Oh, oh, sur la toile, c’est une plaisanterie, it’s a joke. On ne sait jamais s’ils lisaient le blog…

Il nous a fallu près de 10 heures pour atteindre les côtes marocaines. Quasiment tout à la voile, sauf pour traverser le rail où nous avons dû slalomer un peu entre les divers cargos et pétroliers qui faisaient route sur nous à trois fois notre vitesse.

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La nuit a été particulièrement agitée. Là où les fichiers météo annonçaient 10 nœuds de vent, nous en avons eu plus de 20, au près. Mon quart de 4 heures s’est passé l’écoute de grand-voile dans la main à contrôler les rafales de vent. Une fois encore il faut se méfier et anticiper les informations même si elles proviennent de diverses sources. Par contre, vers 2 h du matin, pétole comme prévu, donc brise Volvo et une belle houle d’atlantique sans vague. Il nous faut adopter une adaptation permanente.

Arrivé à Mohammedia à 22h15, encore une arrivée de nuit, nous nous amarrons provisoirement pour la nuit, non sans être accueilli par la police pour les formalités d’entrée et par le service du port qui nous annoncent les tarifs. Oups ! Ça pique. Il y a une guéguerre entre le yacht club et le port, donc chacun y va de sa tarification. Pour le port : moins de 10 m et plus de 10 m. Pour le yacht club : la surface, longueur multipliée par largeur. Résultat plus de 40 euros, 434 dirhams par nuit. Plus cher qu’au Real Club Nautico de Palma, avec une wifi de m…e, un réseau électrique qui s’est coupé toute une nuit et pas de réseau 4G non plus.

Donc pour prendre la météo il faut aller en ville dans un bar. Mohammedia c’est fini, et je vais le crier sur tous les forums où je suis inscrit.

En outre, et là ils y sont pour rien, les conditions météo sont particulièrement mauvaises, vent, pluie et surtout une très forte houle, 5 à 6 m, empêchant la sortie du port. Nous espérons une accalmie mardi. Reste à voir l’évolution pour décider du cap à suivre, vers Agadir ou directement Lanzarote aux Canaries.

Nous avons passé hier une agréable soirée avec 4 polonais qui convoient un catamaran de 44 pieds vers Granada aux Antilles. Ils doivent y être pour le 15 décembre ! Ils iront plus vite que nous, c'est sûr. Nous avons eu une pensée pour notre ami Roger, eh oui, car on a dégusté un gâteau aux carottes, délicieux ! Remarquez, c'est vraiment un gâteau international !

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La suite au prochain numéro.